Dans le dernier numéro "Ma ligne de ville", il est écrit concernant l'article sur la thalassothermie :
"À La Grande Motte, la concession accordée en juillet dernier à la société Dalkia pour une durée de 24 ans concernera la production d'énergie pour près de 1900 logements. L'entreprise, filiale d'EDF, va démarcher dès à présent les copropriétés afin d'engranger des promesses d'abonnements, qui doivent atteidre 80%, pour rendre l'opération viable économiquement et déclencher la phase travaux prévue pour octobre 2020."
Une concession de 24 ans sans aucune visibilté sur l'intérêt que peut susciter cette opération auprès des copropriétés existantes.
Celles qui opteraient pour cette solution de thalassothermie, seraient pied et poing liés avec un seul et unique fournisseur qui pourra imposer ses tarifs à sa convenance et sans aucune concurrence...
Nous publions ci-dessous une note très complète sur ce sujet de José Casademont, membre du conseil d'administration de la Vigie citoyenne.
Le débat est ouvert.
La vigie citoyenne
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NOTE SUR LA THALASSOTHERMIE A LA GRANDE MOTTE (José Casademont)
1 / - INTRODUCTION
Le Maire vient de ressortir l’usine de thalassothermie sur l’espace Maurice Justin, avec son intention de climatiser les 480 nouveaux logements, les bâtiments municipaux, et une trentaine de copropriétés anciennes. L’usine de thalassothermie a pour objet de récupérer la chaleur ou le froid dans la mer, et par un système de pompe à chaleur, les redistribuer dans les bâtiments qui doivent en bénéficier. L’annonce du Maire ne précise pas la puissance de cette usine, sa surface au sol, sa hauteur, le nombre de parkings supprimés, et sur quoi porte l’estimation de 8 millions d’€. On peut supposer que c’est le coût de l’usine seule, exprimé en HT. Comme l’a fait remarquer une Association Grand Mottoise, en entrant dans le Port, on aura une usine à bâbord et une usine à tribord.
2 / - OPPORTUNITE DE LA DECISION
La latitude de notre station ne nécessite pas une consommation importante d’énergie pour le chauffage. (Classée en zone 3 nationale, la plus tempérée). Une bonne isolation pourrait presque suffire au confort des résidents. Dans l’avenir, la climatisation froide devra peut-être se généraliser. De là à justifier la construction d’une usine de thalasso thermie ? Ca reste à prouver sur le plan de la rentabilité, comparée aux climatiseurs individuels réversibles actuels ! La Grande Motte est une station estivale, d’une capacité d’accueil de 100.000 habitants l’été, mais d’une population permanente l’hiver de 9.000 habitants environ. Seule cette population est susceptible de se raccorder à un réseau de chaleur et de froid à l’année. Or cette population est répartie de façon disparate dans différents immeubles disséminés sur toute la commune. Il faudrait donc prévoir un réseau de distribution générale dans toute la ville pour les desservir. Le coût total de cette fantaisie serait de l’ordre de 10 à 12 millions ! Et quel serait le retour de cet investissement ? Une réduction de 15% sur la facture énergétique des immeubles raccordés ! C’est ce que précise DALKIA pour la Seyne sur mer.
3 / - LA REFERENCE A LA SEYNE SUR MER
Le Maire prend exemple sur la Seyne sur Mer pour justifier son projet : Alors parlons-en de la Seyne sur Mer : C’est une ville ancienne, avec un centre ville ancien, qui était importante déjà au 15 ème siècle. Renommée pour ses chantiers navals, qui employaient 5 000 emplois encore en 1980. Elle a une population permanente actuelle de 65 000hab, et fait partie de l’agglomération de Toulon, 437 000 habitants, dont elle est toute proche. La partie station balnéaire de la Seyne sur Mer, « les Sablettes » ne représente que quelques milliers d’habitants, dont certains sont résidents à l’année. La prétention de l’Usine thalasso thermie est de chauffer 1 000 habitants. (Gérée par DALKIA). Comparez ces éléments avec ceux de la Grande Motte, vous trouverez l’erreur du Maire!
4 / - COUT DE L’ENSEMBLE DES TRAVAUX
La station est donc évaluée, prix départ, à 8 millions HT. Mais après la réalisation de l’usine, il faut :
- Réaliser les réseaux de distribution des fluides chaud et froid sur le domaine public, jusqu’aux immeubles à desservir !
- Procéder à l’exécution des raccordements ou branchements,
- En fin de travaux, il faudra refaire les voiries communales ! Pour ne desservir que les 480 nouveaux logements, il faudrait amener, au plus court, les réseaux chaud et froid, par les quais Charles De Gaule, Paul Harrys, Pompidou etc…Or ces quais ont été récemment rénovés ! Ou alors il faudra faire un écart encore plus long pour les éviter. Ainsi donc, avant même d’aller plus loin dans la réflexion, on se rend compte que le coût des travaux va atteindre des sommes considérables, les travaux de voirie étant parmi les plus coûteux pour une commune. Il y de quoi s’inquiéter sérieusement pour les dépenses !
5 / - ADHESION DES COPROPRIETES
Chaque copropriété devra disposer d’une « pompe à chaleur » pour utiliser les fluides chaud et froid. Ceci nécessite une installation dans une partie commune de la copropriété à trouver. Cette réalisation est à la charge de la copropriété. La décision doit être prise à la majorité en AG. Or, très peu de copropriétaires vont être favorables à cette installation car la plupart des immeubles ne sont occupés l’hiver que par 10 à 15 % de résidents, et pas tous copropriétaires d’ailleurs. Pour cette installation donc, les volontaires seront peu nombreux ! Ensuite, les fluides arrivant au pied de la copropriété, il faut les amener dans les appartements, donc nouveaux réseaux à construire dans les immeubles en passant dans les gaines palières, poser des compteurs, etc… Enfin, le chauffage individuel existant généralement dans les appartements devra être remplacé par un chauffage collectif, avec toutes les contraintes qui en découlent. Les radiateurs existant dans les appartements ne conviendront pas pour les nouveaux fluides, et pour le froid, il faudra qu’ils soient équipés d’un dispositif pour recueillir les condensats ! Autrement dit, il faudra refaire un équipement collectif complet chauffage et refroidissement, après avoir déposé l’équipement privé existant. Cela représente une dépense énorme, et je ne vois pas, dans les immeubles que je connais à la GM, une copropriété qui dégagera une majorité pour se lancer dans de tels travaux, sauf par ignorance des coûts.
6 / - LA FACTURATION DU SERVICE
Dans ce genre de Service, la facturation comporte 2 termes. L’un fixe, pour amortir les investissements et l'entretien, payable par tous les raccordés, qu’ils se servent ou pas des fluides. L’autre variable, en fonction de la consommation d’énergie. Donc tous les copropriétaires raccordés payeraient la partie fixe, même sans consommer d’énergie. On voit bien que cette formule est très mal adaptée à une station estivale comme la Grande Motte ! Et les 30 copropriétés à raccorder ne sont pas encore trouvées... On peut donc se poser la question de la rentabilité de l’opération en l’absence de client… !
7 / - NUISANCES PENDANT LES TRAVAUX
Notons au passage une nouvelle réduction notable des parkings sur Maurice Justin. Quand aux nuisances pendant les travaux, on touche à la folie ! Le chantier consistera à ouvrir toutes les voiries de la ville, bien entendu section par section, mais néanmoins pratiquement toutes les voiries seraient concernées, imaginez :
- Les rues coupées, et les déviations de désenclavement,
- Le bruit des engins,
- La poussière,
- La perturbation du stationnement, même payant, inaccessibles un certain temps, etc…
Toutes ces nuisances ajoutées à celles du Projet Ville Port… C’est la mort programmée du tourisme pendant 15 ans et une chute importante de l’économie locale!
8 /- CONCLUSION
Comment expliquer qu’un Maire puisse envisager de telles dépenses et de tels chantiers dans une Station parfaitement équilibrée, récompensée par son inscription au patrimoine du XX ème siècle en 2010, pour faire baisser la facture énergétique de 15% en moyenne, (précision DALKIA à la Seyne /mer), à un millier de résidents privilégiés ? Le projet du Maire du Grau du Roi est autrement plus louable, lui qui entame la renaturation de 7 ha de terrains de l’ancien Hôpital pour en faire une coupure d’urbanisation et une promenade publique, vitrine de la résilience écologique de sa ville dans le cadre d’un projet Plan Littoral 21, financé par l’Etat 25%, l’Union Européenne 40%, et la Région 15%, soit au total 80%.
Lancer un projet de thalassothermie à la Grande Motte constituerait une faute majeure, car, son coût, ses nuisances pendant les travaux et son impact visuel négatif sur l’environnement du Port, accroîtrait le risque financier énorme pour chaque administré. Enfin, du fait de tous les travaux engagés simultanément :
- La nouvelle digue Ouest,
- L’extension sur 6ha de l’esplanade Jean Baumel,
- L’agrandissement du Port,
- Le déménagement de la zone artisanale,
- La construction de l’Usine Outremer,
- La réalisation des 480 logements,
- La promenade de plage à plage,
- Et l’usine de thalassothermie, qui s’étendront sur 10 à 15 ans, la Station, sens dessus dessous, serait abandonnée par de nombreux touristes et subirait un préjudice d’image dont elle mettrait plus d’une décennie pour se relever…
L’avenir s’annonce donc assez nuageux pour la Grande Motte! Il est important que les grands Mottois soient concients de ce risque avant qu’il ne soit trop tard.
José Casademont