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Projet ville/port : avis sur la concertation préalable Posté le 28/01/2019 - Par Daniel Jourde

Au terme de la concertation, dont la dernière réunion a eu lieu le 19 décembre 2018, j'ai déposé au nom de la Vigie citoyenne grand mottoise un avis très circonstancié sur le projet ville/port.

Je vous engage à le lire, à le faire lire et bien entendu à nous faire remonter vos remarques et suggestions.

Très cordialement.

Daniel Jourde

Président de la Vigie Citoyenne

 

 

Concertation préalable : Avis de la Vigie Citoyenne Grand Mottoise

 

La vigie Citoyenne a pour seul objectif : "Défendre l’œuvre de Jean Balladur et l'identité urbaine, architecturale et environnementale de la ville de LA GRANDE MOTTE".

La Grande Motte est une station balnéaire unique, c'est le seul ensemble urbain en France de cette taille à avoir reçu le label « Patrimoine du XXe siècle », aujourd'hui appelé label "Architecture contemporaine remarquable".

L'évolution de cette ville doit se faire en tenant compte de cet élément, de façon extrêmement réfléchie et surtout en y associant au plus près ses habitants qui sont très attachés à ce patrimoine et à l'art de vivre de cette station.

Je voudrais donc vous faire remonter un certain nombre de points qui font consensus au sein de nos adhérents :

 

- Une concertation de façade

 

La concertation engagée à La Grande Motte, qu'elle prenne le nom de co-construction ou la forme d'un cahier de concertation, n'est qu'une concertation de façade.

À titre d'exemple, dans le cadre du projet ville/port il est mentionné dans le carnet de concertation relatif à ce programme :

"La concertation permet d'informer  des décisions prises et de discuter des marges de manœuvre... Elle vise à favoriser la compréhension du projet."

La concertation ne pourra donc seulement porter que sur des points situés à la marge :  déclaration de François Leclerq lors de la réunion avec les riverains le lundi 1er octobre  .

C'est également ce que le maire a déclaré lors du conseil municipal qui se tenait le lendemain.

Contrairement à ce qui a été dit lors de la dernière journée de concertation, jamais les grands mottois n'auront pu s'exprimer sur le fond du projet lui-même, à savoir une colline composée d'une quinzaine d'immeubles dont les plus hautes tours attendront 40 mètres, et une imposante usine située sur L'espace Beaumel élargi et en bordure de plage...

Cette concertation, c'est un peu comme si on vous imposait une immense maison dont vous n'avez pas choisi, ni le lieu, ni la forme, ni le nombre de pièces,... et que l'on vous demande de choisir la couleur du papier peint !

Pour la Vigie citoyenne, la concertation ne porte donc pas sur le projet lui-même, et ce qui est négociable se situe uniquement à la marge...

Les choix fondamentaux qui vont restructurer La Grande Motte  se font en dehors des citoyens.

D'autre part, à la réunion des riverains du 1er octobre, beaucoup d'habitants ont été oubliés :  quai Pompidou, quai du Général de Gaulle et les immeubles ayant une vue directe sur l'Espace Beaumel n'ont été conviés.  Ils seront pourtant directement impactés par la construction de l'usine de moulage et d'assemblage des catamarans, ainsi que par les hangars.

Ce n'est pas admissible.

 

- Un nombre beaucoup trop important de logements programmés

 

Avec 1249 logements prévus de 2019 à 2033 dans le cadre du SCoT (dont 45% en locatifs aidés ou en accession abordable), La Grande Motte se place comme la ville la plus contributive au sein de l'agglo, puisque à elle seule la part de production de logements représenterait 31,89% de l'ensemble des logements prévus.

Rien ne  justifie autant de logements à produire sur La grande Motte.

Dans une ville où le PPRI recense beaucoup de zones inondables, la programmation d'un nombre aussi important de logements aura pour conséquence  des concentrations dans certaines zones qui ne sont pas acceptables.

Ce sera le cas  pour les 483 logements qui sont prévus dans le cadre de la "colline de béton".

Pour la Vigie citoyenne, une réduction du nombre de logements prévus sur  la zone artisanale actuelle s'impose : le nombre de 250 a été suggéré à plusieurs reprises.

Cela permettrait des constructions moins hautes et plus en harmonie avec l'architecture du couchant et cela ne viendrait pas contrarier la Grande Pyramide, cette caractéristique essentielle de notre paysage urbain.

De plus, une diminution importante de logements permettrait très certainement une meilleure acceptabilité des autres programmes de construction prévus, tout en maintenant une haute contribution de La Grande Motte en offre de logements.

 

- L'œuvre de Jean Balladur abimée

 

Un tel niveau de programmation aura pour conséquence la construction de 483 logements prévus dans le projet ville/port en cours d'élaboration.

Cette "colline de béton" composée d'une quinzaine d'immeubles, dont les plus hautes tours atteindront 40 m (soit quasiment l'équivalent du dernier étage de la Grande Pyramide) remet complètement en cause l'œuvre de Jean Balladur.

La "sky line" s'en trouve bouleversée et la construction de ces hautes tours à proximité de la Grande Pyramide contribuera à défigurer cette œuvre magistrale qu'est La Grande Motte.

 

Dans un magnifique ouvrage du C.A.U.E. de l'Hérault réalisé en 1994 sous la conduite d'Odile Besème, et préfacé par Jean Balladur, on peut lire :

  "La grande pyramide, haute de 15 étages, présente des formes courbes vers l'ouest et des formes plus rigides vers l'est ; c'est ainsi qu'elle forme la transition entre le quartier du Levant et celui du Couchant"

Ceux qui veulent faire de leur "colline de béton" l'élément de transition entre le Levant et le Couchant n'ont donc pas compris l'esprit qui a guidé l'œuvre de Jean Balladur : la grande pyramide se suffit à elle-même comme transition entre le masculin et le féminin...

Pour la Vigie citoyenne, il conviendrait de réduire le nombre de logements à cet emplacement (250 semblent un niveau de compromis acceptable) et des immeubles beaucoup plus bas en forme de conche permettraient de respecter la transition voulue par Jean Balladur.

 

- Espace public et parkings

 

Lors de la réunion de Concertation sur les "espaces publics, les mobilités et les espaces verts" nous avons obtenu peu d'informations... et surtout beaucoup de flou !

Beaucoup de questions sont restées en suspend ou sans réponse au terme de cette réunion :

- combien de places de parking  seront conservées autour du port dans le cadre de ce projet ? sans réponse ;

- où sera installé le parking à l'entrée de ville ? sous quelle forme ? combien de places ? sera-t-il privatisé ? sans réponse ;

- des navettes seront-elles prévues pour relier le port, le centre ville ou les plages ? Seront-elles gratuites ou privatisées ? sans réponse ;

- quelle organisation pour les plaisanciers, dans le contexte d'une diminution très importante des places de parking et de l'augmentation du nombre d'anneaux ? dans quelle condition le ratio défini, une place de parking pour trois bateaux, sera-t-il organisé ? réponse floue ;

La municipalité s'oriente vers une organisation  très différente de ce que connaissent les plaisanciers actuellement : maintien théorique d'une place pour 3 anneaux, uniquement  l'été, en intégrant dans ce ratio des places dans le parking en entrée de ville. Combien ? sans réponse ;

- comment seront organisés les multiples transports de produits et matériaux dans le cadre de l'hypothétique transfert de toute l'activité industrielle et artisanale sur Beaumel ?

sans réponse claire, mais des hypothèses et des interrogations : des heures de passage dédiées à ce trafic sur l'avenue Fages ? des études pour un passage par une autre voie ?

 

Pour la Vigie citoyenne, nous sommes toujours dans l'état d'esprit de ce que nous écrivions dans un article publié le 15 juillet dernier :

"Certes, nous approuvons certains aspects tels l'extension du port à la condition qu'il y ait une étude globale qui cerne les besoins réels compte tenu de tous les projets en cours en méditerranée.

Nous pensons également que la rénovation des quais s'impose pour une ville comme La Grande Motte et que cette rénovation peut se faire sans que cela soit forcément au détriment des parkings."

 

- le développement de l'activité industrielle nautique

 

Dans ce projet ville/port, l'activité artisanale et industrielle nautique va être déplacée sur l'Espace Beaumel, un môle inondable et submersible.

Pour la Vigie citoyenne, La Grande Motte n’a pas vocation à devenir « une ville d’industrie nautique » et encore moins à construire en plein cœur de ville une usine composée de deux immenses ateliers sur une hauteur équivalente à plus 4 niveaux d'habitation...

En France le sens de l’histoire est de sortir les industries des centres-villes.

Au cours de la réunion de "concertation" traitant de ce point, beaucoup de questions, d'interrogations ou de réflexions sont restées la aussi sans réponse ou traitées de façon très évasive.

En voici un aperçu :

- Quel est le montage financier de l'opération de transfert des activités portuaires sur Beaumel ?  Sans réponse

Le maire communiquera sur ce point lors d'une réunion publique après la consultation préalable.

- Quelles sont les entreprises partantes pour cette opération de transfert et quelles sont leurs superficies actuelles et futures ?  Réponse : pour l'instant aucune entreprise n'est censée partir (sic)... nous nous attachons à fournir des conditions de travail adaptées (sic)...

- Ce projet a comme conséquence une emprise de 3 hectares de plage côté ouest, début du Couchant. Réponse : avec la création des 2 plages il n'y aura pas de pertes significatives (sic)...

- Y-a-t-il un accord préalable de principe signé entre les industriels et la ville par rapport à ce projet ? Sans réponse

- Vous nous parlez bâtiments, emplacements, hauteurs... mais jamais des habitants qui vont avoir devant eux des bâtiments très imposants.

- l'impact visuel tout autour du port va être très important par rapport à la hauteur des constructions sur Beaumel...

Réponse : nous mettrons tout notre cœur pour ce soit une vraie réussite (sic)...

- Le PPRI qui autorise des constructions sur des zones à risque impose comme contrainte d'assurer pour les planchers bas une altimétrie (point par rapport au niveau de la mer) à plus de 2,40 m.

À cela s'ajouterait dans le cadre de la révision du PPRI prévu pour 2020, les préconisations du GIEC qui prévoient 40 cm de plus par rapport aux précédentes observations... 

Réponse : les entreprises ne sont pas concernées pour le moment (sic)...

- Sur les parkings plaisanciers, on nous dit qu'il y aura le maintien d'une place pour 3 bateaux, et en même temps on nous annonce qu'il y aura une forme de mutualisation... et les places de parking quai Pompidou disparaissent avec uniquement un maintien d'une dépose minute. Réponse : toujours dans le flou et l'on sent que tout n'est pas annoncé sur ce point sensible...

- Sur l'obligation légale de proposer des alternatives lors d'une consultation  préalable à un projet d'urbanisme.  Réponse : les projets présentés sont des invariants , il n'y aura donc pas de variantes...

 

Pour la Vigie citoyenne, mettre au cœur du port, qui lui-même est au cœur de la ville, sur l’espace Beaumel élargi et sur 11 mètres de haut (équivalent de 4 niveaux), une usine composée de 2 immenses ateliers (moulage et assemblage) est une hérésie.

De plus en plus de préconisations vont dans le sens de construire en recul par rapport au littoral : pour la Vigie citoyenne ce type de construction en bordure de plage ne devrait plus avoir cours.

Il existe des risques de nuisances ou d'accidents liés aux produits utilisés, à leur stockage et à leur transport.

Au moment où toutes les prévisions sur le climat convergent et que le GIEC nous alerte sur les  risques de submersion de plus en plus rapide, il est incompréhensible de vouloir construire une usine de ce type à cet emplacement.

 

                                                                                                                                            

Avis déposé le 27 décembre 2018

Pour la Vigie citoyenne

Daniel Jourde