Les nouvelles résidences sur le port

Les nouvelles résidences sur le port : soyons réalistes.

 

Selon son projet « ville-port », la municipalité entend programmer 500 à 600 logements dans des résidences à construire sur la zone portuaire libérée par les entreprises. Conformément aux engagements pris par elle au niveau de l’agglomération, 30 % de ces logements devraient appartenir au secteur locatif social. Elle estime en outre que la vente des terrains aux promoteurs intéressés devrait concourir au financement des travaux importants sur le port ou sa périphérie. Elle projette en ce sens de vendre ces terrains « au prix fort », compte tenu de leur situation.

De telles projections manquent de réalisme :

Les promoteurs immobiliers sont évidemment friands de terrains à bâtir en bordure immédiate de la mer et du port, mais ils le sont beaucoup moins si 30 % des logements doivent être consacrés au secteur locatif social, car cela pèse lourdement sur la rentabilité de leurs investissements. De plus, ils savent qu’il est difficile de faire cohabiter dans le même immeuble des personnes aux besoins très différents : les propriétaires de logements coûteux désirent un hall d’immeuble flatteur accessible par badge, des ascenseurs à clés, une climatisation de haut niveau, de grandes surfaces de réception, des suites parentales, de vastes terrasses, des garages, et acceptent pour cela de payer des charges de copropriété élevées, tandis que les jeunes familles pourvues d’enfants et locataires du secteur social demandent des locaux pour ranger les poussettes et les caddies, un séjour moins grand mais une chambre pour chaque enfant, un simple parking, des locaux à vélos et des charges peu élevées… Bref, favoriser la mixité sociale dans le même immeuble n’est pas chose aisée, et il est plus facile de l’obtenir par des services communs entre résidences proches (conciergerie commune, terrains de jeux ou de sport, jardins d’agrément…). Il suffit de constater qu’aucune des opérations programmées dans le PLU n’est en voie de réalisation : l’obligation de 30 % de logements locatifs sociaux, complétée par 15 % d’accession « abordable » à la copropriété, décourage les promoteurs, même lorsqu’ils sont déjà propriétaires du foncier.

 

La projection municipale souffre aussi d’un autre handicap : si les entreprises sont transférées sur le terre-plein Ouest et si les ateliers des constructeurs de multicoques longent l’avenue Fages en présentant de longues façades de 11 mètres de haut, il faudra habiter au moins le quatrième étage des nouvelles résidences pour voir la mer, avec un premier plan constitué d’une vaste étendue de toitures de hangars. Avec des immeubles limités à 6 ou 7 étages, cela ne laisse guère de possibilités aux promoteurs pour vendre des appartements au prix fort. Il est donc fort douteux qu’ils se précipitent pour payer les terrains au niveau attendu par la municipalité.

 

A l’évidence, le programme d’ensemble manque de réalisme, et il convient de le réétudier sans mélanger les genres, l’extension souhaitable du port ne devant pas être conditionnée par des projets immobiliers au financement problématique. L’esquisse des aménagements proposée par notre association veut contribuer à cette réflexion, les objectifs demeurant clairs : les nouveaux locaux des entreprises ne doivent pas, par leur situation, saccager le panorama portuaire, et leur hauteur ( 6 à 7 mètres) ne doit pas gêner la vue des résidences les plus proches, anciennes ou à construire. L’édification de 200 logements de bon standing est envisageable à l’extrémité Ouest de la zone d’activité actuelle, mais il serait illusoire d’escompter des ressources considérables de la vente des terrains. Si des logements locatifs sociaux sont nécessaires, ils peuvent être construits ailleurs que sur la périphérie du port, peut-être à la place des arènes qui seraient transférées à peu de frais sur le camping municipal désaffecté.